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Monseigneur Lorenzo

Évêque

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Évêque
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MessagePosté le: Mar 6 Jan 2009 - 21:52    Sujet du message: Textes... Répondre en citant

Et bien, je mets ici le texte d'un concours auquel je participe le sujet étant :

Citation:
Ce matin, à ton réveil, c'est le noir complet. Tu ne vois plus. Tu as beau pleurer, rien n'y changera.
Le medecin l'a dit, tu ne verras plus jamais.
Tu souffres d'une maladie génétique, la maladie de Leber, qui attaque irrémédiablement la vue.
Que faire ? Vivre dans le noir, sans plus voir un seul coucher de soleil ?
ou s'éteindre doucement en esperant au moins voir la lumière au bout du tunnel...


J'ai écrit ce texte en écoutant (en boucle pendant une heure vingt >.<) cette musique. a vous de voir si vouls voulez l'écouter en même temps (en boucle XD) :

http://www.badongo.com/audio/12784250


Ca y est. Le grand jour est venu. Si j’avais la tête à faire plus d’ironie, je me rattraperais et annoncerais plutôt qu’il s’agit de la grande nuit. Une nuit qui sera plus longue que tout ce que j’aurais pu trouver aux pôles. Mais je n’ai pas envie de faire de l’ironie, je n’ai pas le cœur suffisamment remplit : il est vide, tout comme moi. Je me sens vide. Est-ce que j’aurais pu être autre chose en ce moment ? Je ne sais pas mais je suis aussi rempli de vide que la nuit n’est pas remplie de lumière. Je sens le bout de mes doigts crispés sur ce lit. Je sens sous ma peau qu’il y a une fine protection de papier à usage unique, je sens que la matière qu’il recouvre partiellement est du plastique, je sais que ce dernier est noir. Aussi noir que le reste de ma vie, aussi noir que le reste de me vue. Je sens aussi que je suis assis sur ce lit, je ressens sur la peau de mes cuisses le poids du reste de mon corps. Je sens tout cela mais ce n’est plus en ce moment qu’une enveloppe vide. Sous cette forme qui n’est plus vraiment moi, je me sens flotter en apesanteur, détaché de ce corps qui me trahit, mais pourtant emprisonné dedans. Mes pensées se mélangent aux sentiments, je suis hors de la réalité, aux frontières de l’univers qui sera bientôt mien. Mon cerveau me picote à l’arrière. Il est une partie de moi-même qui flotte à mes côtés hors de la gravité. Hors de la gravité de la Chose. J’essaie de m’en écarter, de ne pas penser à cela mais tout y revient. Je ne me sens pas respirer, j’ai l’impression d’avoir des vertiges. Ce n’est pas faux, je tombe continuellement dans l’infini de l’espace.

Mes pensées tantôt se forment, grandissent puis disparaissent plus vite que ne pourrait le faire la lumière elle-même. Tantôt, elles s’arrêtent comme si un autre moi-même m’ordonnait soudainement de sortir de cet état. Mais je ne puis rien faire d’autre que d’entendre. Je n’ai pas la force d’écouter et je ne peux plus faire le reste. J’entends ces voix qui travaillent étouffées par le bruit des murs, j’entends un brouhaha constant, un signe d’intense activité. J’entends le bruit de la vie et je retourne à mes pensées. Je fuis dans mon esprit afin de me torturer moi-même. La vie semble s’être arrêté là pour moi. Je fuis cette joie que j’ai connue, je les jalouses. Alors que depuis six mois, je m’efforçais de me résigner, d’accepter les faits et de m’y préparer au mieux, aujourd’hui, je réalise que je me mentais à moi-même.

Une porte qui claque me sort à peine de cette transe. Très loin, des pas résonnent. Des voix rompent ce pseudo silence. Je ne sais pas pourquoi mais j’ai envie qu’il reste un espoir, j’ai envie qu’on me secoue, que j’émerge de cet infini plein de vide et que j’aperçoive le visage souriant de ma mère qui me réveille avec douceur. Il y a eut un petit silence. La voix reprend. Je la connais. Je l’ai si souvent rencontré depuis ces six derniers mois. Je sais qui c’est et sans écouter, je sais que le seul espoir a disparu. Je garde les paupières ouvertes. Une brûlure s’étend sur ma joue, puis une deuxième. Mes larmes roulent sans discontinuer. Une main s’abaisse paternellement sur mon bras. J’en aurais envie de vomir. Qu’elle parte. Qu’on me laisse seul. Les pas repartent. Je ne leur en suis pas plus gré. Je ne sais plus ce que je veux ou ce que je ne veux pas. Je ne sais pas pourquoi la seule partie encore fonctionnelle de mes yeux se manifeste. Je n’ai toujours pas bougé d’un seul centimètre depuis mon arrivée dans ce cabinet d’hôpital. Je ne sais pas quel temps cela fait. Comment pourrais-je lire une montre ?

Il faut croire pourtant que je reviens petit à petit sur ce pauvre monde sans couleur : mon cœur est maintenant remplit de larmes et celles de mes joues ne s’assèchent pas. Soudain un serrement. Je savais que j’allais vivre ainsi, aveugle, à cause de cette maladie. Mais maintenant, je le vis. J’avale ma salive. Je vis maintenant, je comprends, je ressens ce que je me disais, que je ne verrai plus jamais le visage d’un ami ou les couleurs d’un coucher de soleil, que je vivrais dans un couloir sans lumière. Et ce serrement, c’est ma peur qui se manifeste. Pour la première fois de ma vie, j’ai peur d’aller de l’avant. Dans qui me cognerai-je ? Quelle marche raterai-je ? Une marche… C’est tout mon escalier du paradis qui vient de s’effondrer, me revoyant dans les profondeurs de l’enfer. Un enfer de bruits, de goûts, d’odeurs et de contacts.

Qu’ai-je fait ? Qu’ai-je fais pour mériter cela ? Je n’étais pas croyant mais à cet instant, maintenant, je le suis. Seigneur, qu’ai-je fait ? Pourquoi ? Je ne comprends pas. Je n’ai pas tué ou volé. Je n’ai rien fait qui mérite cela. Pourquoi le noir de ce matin ? Pourquoi, lorsque j’ai ouvert les yeux, je n’étais pas réveillé, sensible aux couleurs ? Si je Te prie, me rendras-tu la vue ? Laisse moi devenir une de Tes brebis, pourquoi a-t-il fallu que tu me prives de lumière pour que je voie la Tienne ? Je me lève de ce lit de sky et je tombe à genoux, les mains jointes posées sur mon front, le torse soulevé par les pleurs bruyants que j’hurle. Les mots de mes cordes vocales ne sont que des cris, mes pensées ne sont qu’une prière. Seigneur, que veux-Tu que je fasse ? Comment veux-Tu que je continue ainsi ?

Des mains me relèvent. Je suis incapable de faire un mouvement pour me dégager. Je n’en ai pas la force, je n’en ai plus la force. Pendant six mois, je me suis préparé à ce matin, j’ai pris des cours, j’ai changé de chambre mais aujourd’hui tout s’écroule en morceaux. Ô mon Dieu Tout Puissant, je n’aurais pas la force de vivre. Et comment ? Je marche sans m’en rendre compte emporté par un contingent de personnel soignant. On m’allonge, on me drogue, on croit me calmer mais je suis au-delà. Ma douleur ne peut pas se soigner à coups de morphine. Mon esprit ralentit, ma prière aussi mais pas ma peine.

Je grelotte, j’ai froid. Je n’ai pas envie de bouger. On me recouvre d’un drap et on part. A nouveau, je me retrouve seul. Seul. Immensément seul. Mes larmes coulent encore. J’ai l’impression de manquer d’air. Je suis seul même si je sens la présence implicite de Celui dont je viens d’accepter l’existence. Je tends dans le vide une main qui retombe écrasée par le poids des calmants. Ma tête penche sur le côté, le menton posé contre mon épaule. Dans un tel sommeil, on ne croirait pas que je suis désormais aveugle.

~ La nuit est tombée. Une nuit infinie qui ne se rompra pas par ma mort. ~

Je ne sais qui m’a soufflé cette idée. Sans doute un archange qui est venu me chuchoter cela à l’oreille. Mais je me suis réveillé avec cette pensée. J’ai ouvert une paupière et la nuit continuait. La nuit infinie. Je m’assois sur ce lit, un vrai cette fois ci, sans enlever les draps. J’ai toujours froid mais mon cœur s’est calmé. Je repense à ce que j’ai pensé. J’avais eu envie de mourir. Je voulais mourir. Il fait noir. Suis-je mort ? Suis-je vivant ? Je me lève, contourne le lit et un grand choc me fait tomber à genoux, ma main s’est posée sur mon arcade dégoulinante de sang. Une larme s’y mêle mais n’est pas due à cette douleur physique. Une larme coule car je suis vivant.

Je détache ma main de mon front. Le sang s’arrêtera de couler s’il le veut. Je me fiche de tâcher le sol. Comment puis-je le voir ? Je me relève, cherchant du doigt la fenêtre entrouverte qui m’a agressée. Je l’écarte au maximum puis m’appuie au rebord. Je sens la chaleur du sang couler le long de ma joue et goutter. Je sens le vent entrer dans la pièce en me glaçant jusqu’aux os. Je ne suis plus le bienvenu en ce monde. Je m’appuie de plus en plus, je me penche au dehors, le plastique de l’encadrement me scie le ventre. Puis non. Je me redresse puis ferme doucement la fenêtre sans un bruit. Je me dirige vers l’opposé de la pièce, il faut qu’on soigne mon arcade. Ma mort ne changera rien à l’affaire : je serais encore dans la nuit. Dans la nuit jusqu’au jour du jugement dernier. Alors autant vivre. Je sais qu’au moins Un m’aidera. Alors autant vivre.

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MessagePosté le: Mar 6 Jan 2009 - 21:52    Sujet du message: Publicité

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Ambrosias Kelen

Vampire de Première Génération

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MessagePosté le: Mer 7 Jan 2009 - 19:33    Sujet du message: Textes... Répondre en citant

C'est étrange parce que justement c'est dernier temps j'imaginais un personnage devenu aveugle ^^
J'aime beaucoup le texte. L'ambiance est vraiment bien gardée, j'ai vraiment cru qu'il allait sauté et je ne sais vraiment comment dire, mais je trouve les sentiments vraiment bien retranscrits.

Enfin bref, tu diras si tu as gagné =D!  

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Escalus Montaigu

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MessagePosté le: Mer 7 Jan 2009 - 22:52    Sujet du message: Textes... Répondre en citant

CM entre Denehbe&Amadaüs XD

Super! ^^ Le triangle est fait alors... (on est tous les trois connectés, l'un à l'autre.XD)


Sinon, le texte est splendide... J'adore. Je te souhaite la victoire!

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Monseigneur Lorenzo

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MessagePosté le: Mer 7 Jan 2009 - 23:09    Sujet du message: Textes... Répondre en citant

Boh la victoire, je n'y crois aps trop, ils sont très doués là dessus. Mais je ne l'ai pas fait de vue de gagner. (même si j'avoue que si je perds je serais tout de même déçu, au bout du compte on finit par y croire...)

Mais merci pour vos compliments. (vous auirez pas une petite critique négative que je puisse m'améliorer au passage ?)

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Monseigneur Lorenzo

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MessagePosté le: Dim 11 Jan 2009 - 17:47    Sujet du message: Textes... Répondre en citant

Tiens je viens de m'apercevoir que j'en avias récemment fait un autre assez sympathique (enfin sympathique...) le sujet était le suivant :

Citation:
Etrange, la Vie. Un matin, on se réveille tranquillement dans son lit, les oiseaux chantent, le train-train quotidien fait son oeuvre ; et l'autre, on ouvre les yeux dans une fosse mortuaire avec pour seule compagnie, les vers de terre et les os . La seule chose que tu perçois encore, ce sont les voix au-dessus de ta tête : on dirait qu'elles chantent, comme si elles travaillaient en ce moment même...


J’ouvre doucement les yeux et ne voit pas davantage l’univers qui m’entoure. Il doit faire noir. Le matin n’a pas dû se lever encore. Je peux me rendormir en attendant que mon réveil sonne. Une autre dure journée de guerre quotidienne m’attend demain, je devrais en profiter pour me reposer. J’ai quelques heures pour laisser de côté mon devoir et ne penser qu’à mon repos. Je ferme les yeux s’en avoir bougé un muscle. Ma position est confortable comme cela, la lassitude a dû s’emparer de moi, je n’ai aucune envie de me mouvoir, juste dormir, encore un peu jusqu’à plus soif, jusqu’à oublier les responsabilités qui m’attendent. Dormir…

Pourtant plus je désire le sommeil plus il s’échappe, s’envole loin de moi. J’ai beau le voir devant mes yeux, comme un papillon bleuté, je tends la main, il s’envole. Il s’envole, se met devant le soleil, je ne distingue plus que sa forme générale, tout devient trouble. Une mauvaise sensation, un étrange pressentiment m’empêche de me reposer. Comme une main qui m’agrippe et qui essaie de m’arracher la colonne vertébrale. Comme la flamme d’une torche qui se promène sur la chair à vif de mon cerveau. Je ne comprends pas. J’ai l’impression de flotter entre les deux flots d’un fleuve. Je suis bercé par les vagues, je m’étouffe sans suffoquer, j’ai mal sans souffrir. Tant de sensations étranges.

« Que se passe-t-il ? »

J’ai murmuré cela dans un souffle inaudible. Comme pour répondre à ma demande, le papillon sommeil cesse soudain de s’envoler dans les lumineuses ténèbres du soleil. Je le vois s’arrêter et tourner la tête vers moi. Une tête sans yeux munie de dents acérées qui s’entrouvrent dans un sourire gargantuesque. Ses antennes se replient sur elles-mêmes, se rétractent et disparaissent dans sa tête. Les ailes violettes s’atrophient, l’insecte me fascine, je suis incapable de détacher mes yeux de lui, je n’avais jamais vu une telle métamorphose avant. Ses pattes se transforment elles aussi, elles diminuent, diminuent encore jusqu’à n’être plus qu’une illusion, un souvenir dont on se demande s’il a été réel. Sans pattes ni ailes, le papillon n’est à nouveau plus qu’une chenille qui descend doucement dans l’éther invisible, qui s’éloigne du ciel pour revenir dans les tréfonds de la terre. Au fur et à mesure que l’insecte se rapproche, il perd sa teinte foncée pour devenir blanc. Il commence à exsuder un liquide transparent qui coule, qui tombe au sol plus vite que la chenille n’est redevenue larve. Je m’attends à tout instant à sentir ce liquide gluant sur mon torse mais je reste fasciné par cette tête aveugle et répugnante qui se met à bouger dans tous les sens comme pour tâter, analyser, échographier l’environnement extérieur.

Je suis toujours la larve des yeux, à force de tomber comme cela, elle ne va pas tarder à me toucher. Je vais ressentir son contact poisseux dans quelques secondes. Mais plus elle tombe, plus une question retentit à mon esprit : que se passe t-il ? Elle ne s’arrête pas sur ma peau, il n’y a plus de peau, que des lambeaux de chair. Le ver tombe sur l’un d’eux, une bouche apparaît et commence à grignoter ce morceau de viande d’une puanteur intenable. Un autre asticot vint rejoindre le premier puis tout un troupeau s’approche et commence à dévorer cette enveloppe mortelle. Petit à petit, les vers s’éloignent et s’écarte pour laisser apparaître une longue tige blanche. Un os. Un os qui porte une marque de fracture très caractéristique. Mon os !

Que se passe-t-il ?

Ce mauvais rêve n’en est-il pas un ? Pourquoi est-ce que je ne ressens plus aucune douleur ? Pourquoi est-ce que je me sens flotter sur une planche de bois, pourquoi tous ces vers autour de moi, pourquoi le soleil ne se lève t-il pas ? Pourquoi la lune est-elle revenue en déchirant le sol laissant un gouffre hurlant les exhalaisons de la mort et la déchéance ? Pourquoi ne réussis-je pas à me réveiller, pourquoi aucun son ne sort de ma gorge lorsque je hurle ma terreur ?

J’essaie de bouger, mes mains grattent le chêne, les ongles crissent sur le bois qui s’effrite. Depuis combien de temps suis-je ici ? Au secours ! Que se passe t-il ? Je vois le papillon ver approcher de mon œil, je vois ses dents acérées déchirer cette chair putride, arracher la paupière puis entamer la cornée. Au secours !

Mes yeux sont dévorés maintenant, ma terreur s’est transformée en une sorte de transe d’indifférence. Je sens les vers rentrer par mes yeux, rentrer par mon nez s’attaquer à mon cerveau, je sens ces bêtes qui grouillent à dévorer mon cadavre inerte. Je n’arrive plus à parler. Je sens mon cerveau grignoté morceau par morceau, neurone par neurone, chacun étant violemment tiré, déchiré, arraché du reste, mâché et digéré par ces larves blanches et gluantes. Finalement, le dernier morceau est épuisé.

J’ai l’impression d’à nouveau renaître. Pourtant, je sais que je suis mort, je me sens même plus cadavérique que jamais, je me vois sans me voir, je sais que mes yeux ont été dévorés laissant des orbites vides contemplant l’infini de l’après vie. Je sais que les vers s’attaquent à transformer chaque morceau de ma tête en un crâne osseux, à nettoyer les derniers morceaux pour que ma dépouille ne soit plus qu’un squelette rutilant. Je sais tout cela mais je me sens revivre et je veux le vérifier. Je lève ma main sur mon visage. Et je bouge, ma main bouge suivie de mon bras, je bouge comme je n’avais jamais pu bouger depuis le début de ce cauchemar, de cet enfer, depuis le début de cette nouvelle réalité.

Je bouge, je ressens, mes muscles fonctionnent à nouveau. Je lève ma main devant mes yeux et l’explication se fait d’elle-même. Une forme blanchâtre, éthérée passe devant ma vue. Lorsque je bouge ma substance laisse comme un fin filet de vent derrière. Je me sens plus lourd mais plus immatériel que jamais. Pourtant tout marche, mes cinq sens sont de retour. Je revois, je sens, je touche, je goûte et j’entends. J’entends cette mélopée qui semble venir de l’ailleurs mais qui pourtant se rapproche de plus en plus finement, de plus en plus distinctement. Ce chant n’était qu’un murmure, il devient parole et se termine cri. Je porte mes mains de fantôme à mes oreilles en grimaçant de douleur. Je me sens tiré vers le haut, emporté vers les cieux. Mon âme s’arrache de mes restes dans une souffrance innommable. Que se passe-t-il ?

La lumière vacillante m’éblouit, j’essaie de me protéger de cette lueur avec mes bras translucides, en vain. J’attends un peu que mes yeux s’habituent à l’Extérieur de mon cercueil. Je me demandais ce qu’il se passait là-dedans mais je désire y retourner. Aussi étrange que cela était, je m’y sentais bien, en paix. Ne peut-on me laisser reposer ? Que me veut-on ? Une voix s’élève. Je la reconnais.

« Alors général ? Je vous avais dit que vous seriez mon ennemi pour l’éternité. Que vous ne connaîtriez jamais le repos tant que JE serais en vie. Votre mort inopinée ne change rien à la donne.»

L’air me manque à cette révélation. Pourtant, cela fait longtemps que plus aucun souffle ne parcourt mes bronches. Je veux m’approcher, le frapper, me venger ! Mon poing traverse sa figure, un rire vainqueur retentit dans l’infini de la nuit. Ce n’est pas le mien. Je sais enfin ce qu’il se passe. J’ai perdu la vie. Il vient de gagner ma mort.

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Monseigneur Lorenzo

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MessagePosté le: Mar 17 Fév 2009 - 13:20    Sujet du message: Textes... Répondre en citant

Le sujet était le suivant dans la catégorie combat :

Citation:
La guerre a éclaté. Enfin, cette guerre tant attendue ! C'est le moment tant espéré de briller devant tous, d'être promu, d'atteindre l'élite... Mais sur le champs de bataille, tu t'aperçois que les adversaires sont des créatures pire que des monstres. Tu as la certitude de ne pas en réchapper. Laisseras-tu tomber à l'eau toute tes ambitions, et déserteras-tu la guerre ? Ou essaieras-tu malgré tout de lutter ?



Les ennemis sont là.

Devant moi. Je me dresse devant eux, en tête de la ligne de mes camarades. J'ai été le meilleur à l'entraînement, j'ai été le meilleur dans ma haine et dans ma crainte. Je suis l'excellence même. Je brandis mon arme au ciel, hurle un discours d'encouragement, de courage et d'espoir. Rien dans ma voix ne me trahit mais nous savons tous quel est le sentiment qui nous submerge à cet instant. La Peur. Dans toute sa beauté et sa splendeur. Je n'aurais jamais pu décrire celle-ci comme un sentiment beau. Surtout face à la force, la monstruosité de nos ennemis et à ce qu'ils représentent. Ce n'est pas un sentiment beau. Mais il est tellement pur, tellement limpide qu'il le devient. Il transcende tout mon être et étrangement, me ranime. Ma peur me terrifie, seule l'action et notre victoire ou notre mort la fera disparaître. Inspiré, je crie cette formule à mes hommes, à mes frères. Elles agissent comme un électrochoc et la réalité revient à nous. Les ennemis sont là, il faut les combattre.

Je fonce vers eux, cours avec mes camarades, les dépassent, ils sont trop lents, ils n'ont pas ma haine, ils n'ont pas ma peur. Peur de mourir sans gloire au combat, haine de voir ces êtres, ces monstres oser se dresser devant moi, devant toute la Confédération. Je vomis ces créatures et hurle un cri de rage, un cri de guerre. J'étends mon bras en signe de ralliement, j'entends derrière moi, le bruit des milliers d'exosquelettes s'entrechoquer, frapper le sol en un roulement qui s'entend des lieues à la ronde. Nous allons frapper, nous allons détruire, nous allons gagner.

Je cours, ils restent immobiles, le choc est inévitable. Je penche l'épaule et ma carcasse d'acier renverse l'une de ces bêtes qui osent nous défier. J'écrase sa tête avec la crosse de mon fusil. Une substance gélatineuse et verte est projetée sur mon armure, cachant mon matricule sous un amas puant. Mon insigne souillé, c'est ma race qui est défiée ! Ma rage me reprend. Je hurle à nouveau, je cris, je les vomis, ils vont sentir le poids de ma colère, la douleur de ma haine ! Je me retourne en un mouvement sec, le poing de mon exosquelette s'abat sur un morceau de carapace, j'appuie sur la détente. La gerbe est belle, on dirait un feu d'artifice de sang et de fumée.

Un camarade me crie une formule de mise en garde, je me penche instinctivement, je sens la carcasse qui m'emprisonne gémir, grincer sous les efforts que je lui inflige. Mon pied se tend en arrière, mes reins se tournent, le métal me suit, un corps vole et atterrit au milieu des lignes humaines. Quelques détonations entre d'autres surgissent à ce moment là. Cette cible est morte, abattue de trois ogives nucléaires. Mon fusil lance une autre de ces ogives en direction de la masse.

Leur grand nombre devient effrayant. On ne dirait plus qu'une mer monstrueuse, une houle qui se dirige vers nous. La menace est visible, une nouvelle fois la peur me prend aux tripes. J'attends ce moment depuis si longtemps. Je hurle, l'air qui s'en va porte ma peur avec lui. Mon arme se vide, les explosions se suivent. Nos mouvements sont surs chronométrés. Nos armes sont en manque de munitions au même moment. Nous rechargeons en courant vers eux à nouveau. Il faut les repousser, il faut gagner !

A nouveau, le corps à corps, à nouveau l'adrénaline chasse ma peur, l'habitude de l'entraînement reprend le dessus sur mon esprit qui se vide. Je vois les bras que commandent mes mains s'abattrent sur l'ennemi, des chairs sont broyées, des substances malodorantes dispersées. Les râles de l'ennemi s'élève de ce champ de bataille, les cris des humains se font plus hargneux, nous sentons que la victoire est proche. Je tire une nouvelle ogive, une tête explose dans un nuage de substance qui vient me recouvrir. Nous sommes tous recouverts par leurs fluides, leur sang et des morceaux de carapace chitineuse. Nos forces commencent à diminuer, l'adrénaline se retire, nous combattons depuis presque deux heures d'une sauvagerie innommable, d'une peur sans nom, d'un instinct qui ne disparaît jamais chez un homme qui n'est rien de plus qu'une bête. Nos forces faiblissent mais nous sommes à la moitié du champ de bataille. Nous avons quelques kilomètres de cadavres derrière nous, cadavres humains, cadavres de monstres.

Soudain, les ennemis s'arrêtent de bouger et se mettent à pousser un long chant mélodieux. Nous nous figeons un instant. Ce chant est un appel à la vie, un appel d'autant plus étrange que nous le ressentons dans nos tripes, d'autant plus étrange que ces créatures ont exterminés plus de la moitié de la vie humaine de la galaxie. C'est une ironie, c'est une moquerie. Je me sens insulté, bafoué, sali. Ma haine reprend, je veux les faire taire et j'avance un pas. Du moins, j'essaie. Je ne peux plus bouger, l'acier de notre exosquelette semble hors d'usage. Je force, rien ne se passe. Je suis bloqué dans l'uniforme de la confédération. Je lance un ordre. Je m'extirpe de l'exosquelette. Ils ne bougent plus, c'est le moment de lancer ces ogives. Je pose un pied par terre, dans le sang de mes amis tombés au combat, dans les déchets de ces monstres. Je dégage mon fusil de la main gigantesque de mon exosquelette et place sur mon épaule, sa taille n'est pas adaptée à la mienne. Je sais que mes camarades agissent comme moi maintenant. Nous sommes le dernier rempart humain contre l'invasion de la Terre.

Mes doigts tirent la gâchette. Un obus s'élance, je le vois se diriger contre une de ces masses monstrueuses. Je regarde le panache de fumée qui suit. Toute la scène semble être au ralenti. Les ennemis sont immobiles, je suis le premier de la première ligne, le projectile est le seul dans le ciel de cet astéroïde. Autour de moi, un silence assourdissant, tranchant sur les hurlements d'agonie, les cris de guerre. Je me sens comme flottant hors de mon corps, comme si j'étais autre. Soudain, l'Impact.

Un bruit, de la fumée, des éclaboussures, un mort de plus, un ennemi tombé de plus.

Je viens de me rendre compte que leur chant s'était arrêté. Il vient de reprendre : ou plutôt le cri de ma victime vient d'y mettre un point final. Le sol tremble soudain, comme pris d'une convulsion. Je regarde autour de moi, derrière moi, le sol est vivant ? La gangue verte de nos ennemis dispersée semble revivre, je regarde ce prodige, bouche bée, incapable de faire le moindre mouvement. Leurs fluides s'animent, forment maintenant d'espèces de limaces, d'algues vertes qui se dressent vers le ciel en un mouvement lent, inexpérimenté. Ces choses tâtent le terrain, découvrent et apprennent.

La peur me réveille, il y a un danger, je ne sais pas lequel. Je hurle, j'ordonne un repli général. Je cours mais nous nous sommes déjà fait piéger. Nous sommes tous recouverts des entrailles vivantes de l'ennemi. Son mouvement se fait soudain aussi rapide qu'un serpent qui mort. L'oxygène de mes poumons se fait déjà remplacé par cette gelée verte. J'étouffe, je porte la main à mon cou, me suicide un peu moi-même. Mes jambes s'affaissent, je tombe à genoux dans cette mer verte qui vient m'asphyxier. Je suffoque, prie pour un peu d'air et me noie.

Le dernier corps des Braves de la Terre s'affaisse, ponctuant cette bataille, cette guerre perdue, dans un bruit de succion. Derrière lui, un nouveau chant retentit. Un chant de mort.

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Alessandro Narciso

Dauphin de Vérone

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Dauphin de Vérone
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MessagePosté le: Mar 17 Fév 2009 - 13:23    Sujet du message: Textes... Répondre en citant

c'est... spécial mais bien écrit
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Monseigneur Lorenzo

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MessagePosté le: Mar 17 Fév 2009 - 13:29    Sujet du message: Textes... Répondre en citant

MDR merci ! XD
Mais peut-être n'ais-je pas assez bien traduit les images qui me venaient de la tête. >.<

_________________
Tuez les tous, Dieu choisira les siens.
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 13:36    Sujet du message: Textes...

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